Un corbeau, par ses croassements se croyait le premier chantre des bois. Enorgueilli de son prétendu mérite, il dédaignait un rossignol qui faisait retentir les échos d’alentour de ses chants harmonieux.
Un jour ce corbeau présomptueux lui tint ce langage : ‘Camarade, ton chant que tu trouves si merveilleux, n’est que murmure. Il surpasserait peut être celui des hôtes de ce bois, si je n’étais pas la, pour te ravir une telle gloire.
Le Rossignol sourit, sans se défendre. Fort de ses notes claires et de l’aube en fleur.
« Soit, dit-il, trouvons un juge pour entendre, et que le plus savant nous dise qui a tort. »
« J’en connais un, dit le Corbeau, fort sage, dont le discernement n’a jamais failli ! ».
Il désigna le Porc, vautré sous un feuillage, grognant dans sa boue, l’œil à demi endormi.
Les deux volatiles entonnèrent alors leurs plus belles mélodies.
Le Rossignol chanta. Le bois retint son souffle, les fleurs se penchèrent, la brise suspendit son vol.
Puis le Corbeau croassa, rauque, sourd, qui étouffe.
Le cochon réfléchit et choisit le corbeau comme meilleur chanteur.
Le Corbeau triompha. Le Rossignol s’envola. Mais on le vit bientôt, posé seul sur une branche, la tête dans les ailes, silencieux et las, comme une âme blessée en attente du printemps.
Le Corbeau, triomphant, vint le railler encore : « Tu pleures ta défaite, avoue-le franchement ! Le meilleur a gagné, c’est ainsi que j’implore que tu acceptes enfin mon talent éclatant ! »
Le Rossignol leva les yeux, soupira longuement, et dit d’une voix douce, empreinte de lassitude : « Non, je ne pleure pas d’avoir perdu ce tournoi. Je pleure parce que j’ai accepté d’être jugé par un porc.»
Qui choisit son juge choisit son verdict.






