À l’heure où l’automne dorait les branches, les feuilles, une à une, se détachaient en silence.
Elles tombaient, fières d’obéir au ventet regardaient la terre comme une promesse. Mais l’une d’elles resta.
Accrochée à la branche nue, elle tremblait sous la pluie, endurait le froid, et refusait de céder.

Les feuilles tombées murmurèrent entre elles : Quelle traîtresse ! Elle se croit différente. Elle nous renie en restant là-haut.
L’arbre, lui, sentait sa sève encore vibrer. Il regardait la feuille avec douceur et pensait : Elle est fidèle. Quand toutes sont parties, elle veille encore sur moi.
Les saisons passaient et s’impatientaient. L’hiver grinçait : Elle défie l’ordre. Le printemps haussait les épaules : Elle résiste au renouveau. L’été soupirait : Elle oublie le rythme du monde.
Et toutes concluaient : C’est une rebelle.
La feuille, pourtant, ne cherchait ni à provoquer, ni à trahir, ni à prouver quoi que ce soit. Accrochée à sa branche, elle doutait souvent. Elle sentait le vent l’appeler, le froid la fatiguer, le poids des regards invisibles peser sur ses nervures.
Par instants, elle se demandait si rester était un courage ou une peur, si tenir encore relevait de la fidélité ou de l’obstination. Elle n’avait pas choisi d’être différente; elle écoutait simplement ce murmure intérieur qui lui disait: pas encore.
Et lorsque, enfin, elle se laissa tomber, ce ne fut ni une défaite ni une victoire, mais un apaisement. Elle comprit alors qu’elle n’avait fait qu’obéir à son propre temps.
La morale :
Nous sommes souvent jugés, non pas sur ce que nous sommes, mais selon la perspective, les attentes et les intérêts de chacun.
On est tour à tour traître, fidèle ou rebelle selon l’endroit d’où l’on nous regarde. Car chacun juge avec sa saison, et rarement avec la vérité.






