
Vers 1785, la France avait peur d’un légume !
La pomme de terre, venue d’ailleurs, poussait sous terre, donc inspirait la méfiance, voire le dégout. On la disait dangereuse, bonne pour les bêtes ou pour les prisons, mais certainement pas pour les honnêtes gens.
Antoine-Augustin Parmentier, lui pharmacien et agronome, savait qu’elle pouvait sauver des vies. Prisonnier autrefois en Prusse, il en avait mangé sans tomber malade — bien au contraire. Convaincu, il tenta de persuader le peuple. En vain. Les idées, surtout quand elles touchent à l’assiette, résistent longtemps.
Parmentier comprit alors qu’il ne fallait pas convaincre, mais intriguer.
Il se rendit à Versailles. Le roi Louis XVI, curieux d’esprit et friand d’idées neuves, l’écouta attentivement et accepta de tester sa proposition originale et audacieuse.
D’abord, un champ fut planté de pommes de terre, aux portes de Paris. Des soldats le gardèrent avec sérieux — le jour seulement. La nuit, la surveillance se relâchait.
Comme prévu, la rumeur se mit à courir : si c’est si bien gardé, c’est que ça a de la valeur.
Le coup de théâtre fut achevé quand le roi lui-même porta une fleur de pomme de terre à sa boutonnière.
Les gens, très surpris, se mirent à chuchoter : « Si le Roi la porte, c’est qu’elle doit être bonne ! »
La nuit venue, ceux qui craignaient ou méprisaient hier encore la tubercule vinrent en voler. On goûta, on cuisina, on cultiva.
Ainsi, sans discours ni lois, la pomme de terre entra dans les foyers français. Elle ne fit pas la Révolution, mais elle évita bien des famines.
Morale et réflexions :
Ne juge et ne rejette jamais par défaut ce que tu ne connais pas. Ce qui paraît étrange aujourd’hui peut devenir un trésor demain.
Et parfois, pour faire accepter une idée, la ruse est plus efficace que la vérité seule.
Cette histoire montre que l’opinion publique est moins guidée par la réflexion que par les symboles, l’interdit et l’autorité.
Faut-il s’en réjouir lorsque la manipulation sert le bien commun ? Ou faut-il s’en méfier, sachant que les mêmes mécanismes peuvent aussi servir à tromper, dominer ou soumettre ?
Entre éducation et manipulation, la frontière est parfois aussi mince qu’un champ gardé seulement le jour.






