– Connais-tu le “syndrome de l’abeille” ?
Cette fois Cassandre émet un non de la tête, tout en fixant l’insecte dans sa prison.
(…)
Il secoue le verre dans lequel l’abeille continue de se cogner.
– A l’époque, j’avais neuf ans. J’étais avec un groupe d’enfants et nous jouions dans un jardin envahi de fleurs. Soudain, une abeille est venue se poser sur le gâteaux du goûter et a commencé à se régaler. Les autres gamins ont tout d’abord poussé des cris d’effroi, en hurlant qu’ils avaient peur qu’elles les pique. Puis l’un d’entre nous, celui qui voulait faire le malin pour impressionner les filles, a profité de ce que l’abeille était sur une miette de gâteaux pour l’emprisonner dans un verre renversé. Exactement comme je l’ai fait avec celle-ci.
(…)
– Ensuite, le garçon qui avait emprisonné l’abeille s’est dit que cela ne suffisait pas comme punition. Il décida de taper avec sa cuillère sur la paroi, ce qui provoqua un bruit strident qui bien sur résonnait encore plus fort à l’intérieur du verre. L’abeille est devenue comme folle et moi…(…)…Moi je me suis dit que cela suffisait comme supplice et qu’il fallait libérer l’innocent insecte.
(…)
– Et joignant le geste à la parole, j’ai soulevé le verre. Que n’avais-je fait là ? Aussitôt, l’abeille s’est ruée sur moi et m’a piqué à la main. Ce qui a été très douloureux. Pour moi, mais bien plus pour l’abeille, puisque, vous le savez, son dard, contrairement à celui de la guêpe, se termine par un crochet barbelé. Lorsqu’elle pique et s’en fuit, le dard reste planté et lui arrache tous les viscères !
Il a prononcé ces derniers mots avec une moue désolée.
– Elle a souffert. J’ai souffert. Et tout cela n’est arrivé que parce que j’ai voulu être magnanime. En effet, ce qu’à fait cette abeille était stupide, elle a frappé la main qui la libérait. Et elle en est morte. Moi j’ai eu mal mais je m’en suis remis. C’était le prix de la leçon.
(Le Miroir de Cassandre, Bernard Werber)






